Les mille et une vies de la Ferrari 512S Modulo

À la fin des années 60 Ferrari travaille sur un nouveau bolide pour les courses d’endurance FIA Groupe 6, la 512 S. Destinée à concurrencer la Porsche 917, la Ferrari 512S dispose d’un V12 de 5 litres, délivrant quelques 377CV.

Pour son homologation, la voiture sera produite en 18 exemplaires, plus 7 autres en pièces détachées. C’est un de ces exemplaires qui est envoyé chez Pininfarina, en vue d’en produire un concept car. Celui-ci sera exécuté par Paolo Martin et présenté au salon de Genève en 1970, suscitant une vague de curiosité. Produite en un seul exemplaire, la Ferrari Modulo (à ne pas confondre avec le Fiat Multipla) connaitra un destin riche par la suite.

Une icône du design des années 70

La Modulo ne laisse personne indifférent, à la frontière entre science-fiction et super car. Très basse et ultra profilée, elle trouve son inspiration dans l’aventure spatiale. Tableau de bord, volant, sièges…tout y évoque les navettes spatiales imaginaires des œuvres de SF. L’accès à la voiture se fait en coulissant le toit vers le coffre avant. Toujours dans un style futuriste, 24 trous alimentent en air le V12 Ferrari de 377 chevaux.

La ligne de la Modulo est singulière tant elle semble n’obéir à aucune logique pratique. Certains voient dans ce concept car un précurseur d’autres Ferrari comme la Berlinetta Boxster (BB512 et BB521i). Comment ne pas voir aussi un lien de filiation avec la Lamborghini Countach (dessinée par Marcello Gandini chez Bertone) ou la Lancia Zero Stratos?

Dans le registre des supercars futuristes de cette époque, on pense aussi à la Mercedes C111. Même profil, même démesure technologique – la C111 sera dotée d’un moteur rotatif de 345 CV – la C111 aura cependant une fonction industrielle plus importante, contribuant notamment au développement de motorisation diesel à vocation sportive.

Sortie de grange

La Modulo sera au mise au placard pendant de longues années dans les ateliers Pininfarina. Le designer italien la ressortira cependant en 2005 à l’occasion de ses 75 ans, pour l’exposer parmi ses plus beaux modèles aux Concours de la Villa d’Este en 2005 puis à Pebble Beach. On mesure alors l’estime que Pininfarina porte à cette voiture unique en son genre.

Voiture atypique, la Modulo n’était pas réellement destinée à rouler. Même si on l’aperçoit sur la route dans un documentaire des années 1970, le carénage des roues ne permettait pas d’exploiter le potentiel exceptionnel de son V12 ferrari. Il faudra attendre 2014 et sa vente au producteur et collectionneur de Ferrari, James Glickenhaus, pour que la voiture soit enfin configurée pour un véritable usage routier. Après un travail de restauration de plusieurs années, celle- prend enfin la piste, et abat un chrono de 3.1 secondes pour atteindre les 100 kmh. Une performance remarquable même selon les standards actuels.

Et soudain, le drame

En 2019, c’est pourtant le drame. Après quelques belle sorties (Concours d’Élégance de la Villa d’Este et de Monaco), la Modulo prend feu subitement. Les échappements montent fort en température et l’arrière de la voiture, oû se loge le fameux douze cylindres, s’embrase. La Modulo repart donc à l’atelier pour de longs mois de travaux. En septembre 2019, Glickenhaus présente le véhicule à nouveau restauré. Un système anti-incendie aura permis de limiter les dommages.

La Ferrari Modulo reste un concept d’art de référence pour les designers automobiles. Elle reste l’œuvre majeure de Paolo Martin, qui travaillera ensuite pour différents designers. On lui doit notamment une Bugatti. En 2010, il proposera une version revisitée de sa Modulo, un projet virtuel qui mériterait de prendre lui aussi la route.

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